Plurielle

D’abord humain

5 octobre, 2009

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c’est le fruit mûr tombé foutu de n’avoir pas été cueilli
parce que l’homme n’avait pas prévu
voulu ou pu
connu ou su
parce que l’homme a trop attendu
ou peut-être tout bonnement
parce qu’il l’a parfaitement voulu et eu
si tant est que c’est l’homme qui veut.

La logique du pourrissement
c’est l’écorchure qui s’infecte
et le microbe qui se délecteleschaussures2.jpg
quand se rengorge le furoncle.
c’est la fissure qui rigole
et la rigole qui s’fend la gueule
c’est la chaussure qui prend l’eau
c’est la peinture qui s’écaille
la moisissure prend ses aises.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c’est la chemise qui se fait la malle
la redingote qui est en crise
d’avoir été par trop portée
souillée lavée et empesée
et la couture n’en peut plus
la crise se rit de la reprise
un petit point de chaîne à droite
un petit point de croix à gauche
un petit point arrière devant
un petit point devant derrière

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C’est la centrale qui pisse la mort
champigname.jpget la rivière qui a mal au foie
c’est la crevette qui rend l’âme
et l’arbre à pain qui a le blues
c’est l’eau de coco en berlingot
c’est pour bientôt je vous le dis !
c’est la corde de la mère igname
qui étrangle la mère igname même.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissementenfantsnus.jpg
c’est quand débarquent les maquereaux
avec leurs mines de sex-shops
qu’on vend du sable au marché blanc
pour peaux en mal de mélanine
et quand nos plages font le trottoir
sous leurs licences de maisons closes
nos enfants nus ne peuvent plus leur faire l’amour
au grand soleil

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
Ce sont les arbres qui s’emmurent
dans une névrose de béton
les oiseaux glissent à la dérive
les flics engraissent leurs papillons
les p.-v. jouent aux feuilles mortes
les voitures valsent à la pelle
la fourrière rêve de cimetières
la chaussée souffre de cors aux pieds
la ville a mal aux entournures

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
televisionplasmalcd.jpgC’est le bébé qu’on s’est payé
dans la boutique du père crédit
il fait la loi dans la maison
il fait caca où bon lui chante
même dans le crâne des petits
on ne se parle plus quand il jacasse
on ne s’entend plus quand on se parle
avec sa tête rectangulaire
c’est le portrait de son papa
il a la bouche en sucre d’orge
il fait risette et c’est tout rose
il a les yeux bardés de guerres
et injectés d’apocalypse
il passe pourtant de temps en temps
un oiseau bleu en son iris.

La logique du pourrissement

volcaneruption0799106.jpgLa logique du pourrissement
C’est quand s’encombre le sinus
que la conserve en a ras-l’bol
le fer blanc gonfle
et puis se mouche et les décombres qui s’amoncellent
ont des dégaines de gratte-ciel
tel un grand rire au bord d’un gouffre
un matouba d’éclats de gorges
et comme un cormoran blessé
le rire s’élance en vol plané
et fouille une gueule de volcan
pour assouvir sa démesure.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C’est un destin que l’on marchande
dans un pays qui marche à l’os
une terre du sud qui perd son orlkp3001.jpg
un chant d’amour qu’on hypothèque
ce sont deux sœurs qui se déchirent
dans un asile à ciel ouvert
l’espoir trimbale un goût de poisse
la lune rumine ses angoisses
les mots ont l’éléphantiasis
la rhétorique traîne la jambe
et la psy se fait son beurre
quand les neurones se font de la bile.

on vend de la foi à tour de bras
et les gourous ont le bras long
on brade la joie à coups de banque
on paie des gangs pour tuer le temps
dans les agences du Nirvana
le Père Noël s’informatise
et la culture se macoutise
les jeunes chevauchent dans leurs ghettos
le paradis de la défonce
le Diable solde ses miroirs,
Vaval refuse de mourir
et la folie pétrit ses jours
tandis qu’elle siffle un air de cendres.

La logique du pourris…

carnavalbelfort2008.jpgC’est dans le swing de cette logique
qu’un soir de mercredi des Cendres justement
un chien chauve travaillant du chapeau
au milieu d’un macadam vague
près d’un amas d’âmes paumées
et de dépouilles de sacs volés
me confia qu’il avait conçu
entre deux ulcères d’estomac :
la prodigieuse problématique de
la tactique du pourrissement
la logistique du pourrissement
la dialectique du pourrissement
la statistique du pourrissement
la balistique du pourrissement.
et dès l’école maternelle
l’instruction civique du pourrissement
toute une éthique du pourrissement
une poétique du pourrissement
celle d’une fleur inconnue ou presque
sidéralement transparente
aux confins de l’absurde
éclose.

Joby Bernabé

Album : 3 mo 7 pawol, 1985
Martinique, Georges Debs Productions

3 octobre, 2009

Murs autour de moi

En revenant, non point de Nantes, mais du travail, j’avais une envie de légèreté malgré la fatigue que j’accumule à tous les étages.

J’ai plongé un instant dans des souvenirs coquins. Mais les évoquer d’accord, les passer par l’écrit, pas d’accord. Ce ne sont plus que des souvenirs destinés à tapisser le fond de ma mémoire/poubelle : c’est selon !

La soirée s’étire et se passe entre la mère que je suis à mes moments pas perdus pour tout le monde et la femme qui retisse ce qui constitue le maillage d’une ébauche de relation sociale.

img2898.jpg

 

La question du mur , des murs que j’érige autour de moi comme autant de freins aux relations qui parfois me font ressentir le manque, me taraude et quelques réponses sont inscrites dans mon/mes histoire(s). Quel est le but recherché, qui doit contourner ou détruire ce(s) mur(s) ? Je sais bien qu’ils ne servent qu’à montrer tout ce que je veux taire. Je sais bien aussi que c’est être en prison que de m’enfermer dans mes murs… Mon esprit curieux et vagabond, à l’heure où les braves dorment s’est aventuré sur la toile. Bien lui en a pris. À la croisée d’informations diverses, je rencontre l’un de mes grands hommes :

tzvetantodorov.jpg

©Ibo/Sipa

Tzvetan Todorov est historien et essayiste, directeur de recherche honoraire au CNRS. Il est l’auteur de « La peur des barbares » (Robert Laffont, 2008) et de « La signature humaine » (Seuil, 2009).

 

 

 

 

 

 

Il aborde la question des murs hautement plus symboliques et destructeurs que ceux de ma petite vie étriquée. Je vous l’ai dit, c’est l’un de mes grands hommes et je me délecte de ses propos qui attisent ma curiosité et enrichissent ma réflexion.


«  Ce qui est le propre des communautés humaines, mais aussi de celles que forment les animaux supérieurs, est qu’elles établissent des relations avec des communautés étrangères de la même espèce ; la peur est l’une des réactions possibles dans ces circonstances, mais c’est loin d’être la seule. Lorsque deux groupes humains entrent en contact et que leurs intérêts divergent, ils peuvent, certes, choisir la séparation : soit la fuite, soit l’érection d’un mur. Ils peuvent aussi, et c’est encore pire, se lancer dans une guerre dont l’issue serait l’extermination de l’adversaire ou sa complète soumission (imposer une relation hiérarchique permet en effet d’arrêter la guerre).

Mais, à partir de la même divergence d’intérêts, ils peuvent aussi s’engager dans une négociation, ce qui implique des concessions réciproques des deux parties. La négociation prend mille et une formes, qui ont en commun d’éviter les solutions extrêmes de la rupture, de la guerre ou de la soumission. Plus que la peur de l’autre, la négociation est le propre de l’espèce humaine, car elle présuppose l’usage du langage et une prise en compte de la dimension temporelle, du passé comme de l’avenir. C’est ce que la grande ethnologue et historienne française Germaine Tillion appelait une «politique de la conversation».  »

lesecretdubonheur.jpg

 

Alors évidemment à travers ce prisme je redescends jusqu’à moi : aurais-je si peur de l’autre que je ne puis m’engager sur le terrain de la conversation avec lui ?  Je suis en plein paradoxe si j’en crois le plaisir partagé dans les échanges quotidiens avec les adultes en formation. Ou plutôt est-ce le fait que le passé me préoccupe plus que l’avenir que je ne perçois que sombre ?

Ma réflexion est loin d’être achevée.

2 octobre, 2009

Claude Ponti/ Graeme Allwright

 

okilele.jpg

 

Certains albums, prétendument pour enfants m’éclairent chaque jour davantage sur le difficile chemin de l’apprentissage à soi-même et au monde : Okilélé de Claude Ponti en fait partie.

ponti02arbre.jpg
« Il suffit à Okilélé de vivre les grandes oppositions temporelles : matins et soirs, jours et nuits. »

« Le parcours initiatique qu’il entreprend  » pour trouver le quelqu’un qui avait besoin de lui « permet le cheminement intérieur à la hauteur de cette aspiration. Lorsqu’il contemple les arbres qui l’entourent, il comprend intuitivement qu’ils sont la figuration symbolique d’un rapport au monde qui le dépasse, d’un lien entre le ciel qu’ils tiennent dans leurs branches et la terre qui ancre leurs racines…il se plante en terre pour puiser dans le contact avec la nature, dans l’immobilité ascétique d’une posture de méditation, par le retour sur soi et l’expansion de la conscience, à une source d’enseignement qui permet l’ouverture à tout l’univers. « il pensa très fort qu’il était un arbre « . Jusqu’à ce qu’il sente « pousser ses bourgeons.

Okilélé est allé chercher la chaleur de la vie à la lumière de la connaissance, pour réparer lui-même le dommage initial causé par un destin malveillant. »ponti02sorciere.jpg

 

 

 

Alors, puisqu’une page tournée ouvre un nouveau chapitre.

Puisque la vie est ainsi faite qu’elle met devant nous des chemins qui nous paraissent fleuris.

Puisque l’espoir c’est encore ce qui permet le mieux d’avancer.

Puisque les expériences malheureuses sont le terreau de notre bien-être futur.

Cette chanson de l’adieu m’emmène au loin, par delà une rupture qui ne fut que la fin d’une maudite parenthèse.

 

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La Chanson De l’Adieu G. Allwright/L. Porquet

jeter.jpgLes lumières s’éteignent
Je reste sur la scène
Un goût de cendre au cœur
Les flots de la musique
Dans ma tête s’agitent
En gerbes de couleurs
Adieu amis courage
On peut vaincre l’orage
Et terrasser la peur
La forteresse tremble
Et les vents se rassemblent
Sur les derniers rameurs

Sous le poids des souffrances adieuraysgf.jpg
Se lève l’espérance

 

 

 

Et l’arbre de douceur
Il étendra ses branches
En aquarelle blanche
Avec force et ferveur
En dépit de l’histoire
Il faut de nos mémoires
Effacer le malheur
Joignons nos mains nos âmes
Brisons toutes nos armes
Oublions les rancœurs
La rive se rapproche
Aux cieux tinte la cloche
Pour tous les voyageurs
Sous le poids des souffrances
Se lève l’espérance
Et l’arbre de douceur

Les lumières s’éteignent
Je reste sur la scène
Un goût de cendre au cœur
Les flots de la musique

Dans ma tête s’agitent
En gerbes de couleurs

paricilasortie.jpgAdieu amis courage
On peut vaincre l’orage
Et terrasser la peur
La forteresse tremble
Et les vents se rassemblent
Sur les derniers rameurs
Sous le poids des souffrances
Se lève l’espérance
Et l’arbre de douceur
 

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