Plurielle

D’abord humain

27 octobre, 2009

Odeurs

Il faut collectionner les pierres qu’on vous jette. C’est le début d’un piédestal.
[ Hector Berlioz ]

 

Image de prévisualisation YouTube

petitemaison.jpg

 

 

Odeur corporelles, odeur sui-généris, celles qu’on a apprivoisées et qu’on transporte avec soi oubliant qu’on les impose aux autres. Puis on fait attention de ne transporter que celles qui flattent notre odorat grâce au talent des parfumeurs. Avoir une bonne ou une mauvaise odeur… quand de très près on vous susurre à l’oreille « j’aime ton odeur » , on prie dieu et diable que ce soit celle du parfum qui nous sied, qui n’a pas viré, qui n’a pas disparu pour laisser place à notre odeur naturelle  qu’on sent encore tous les matins avant la douche, au sortir du sommeil et qu’on est peu enclin à partager avec le premier bellâtre venu.

 

 

bief600.jpg

 

 

 

Odeur de terre : celle qui me surprend au détour d’une allée empruntée tous les jours, mais ce jour-là, c’est différent. Cette odeur me fige quand je la hume.

 

 

 

 

 

1007427.jpgUne odeur qui fait le silence autour pour laisser affluer les souvenirs. Et ces souvenirs disent l’enfance, la pluie, la terre mouillée qui fume d’avoir tant attendu ce précieux liquide.

Cette odeur se fait tactile pour me faire revivre les yeux fermés la sensation de cette pluie tiède  sous laquelle l’écolière de jadis s’ébattait, enfreignant la règle : comme c’était bon de repérer la gouttière abîmée et de se placer sous le jet continu.

À l’arrivée maman me fera les gros yeux et m’essuiera énergiquement avant de glisser du papier journal sous des habits secs pour que je n’attrape pas un catha ou un mal-cadi. Je n’ai jamais su ce qu’était ces maladies. Je m’étais adonné à ce plaisir interdit et mon sang avait ensuite circulé plus vite sous la rude expression de la tendresse maternelle.

Plus tard il y a les odeurs liées à la menstruation, fade pas terrible. On nous apprend très tôt à dissimuler les odeurs, celles du corps, celles que les animaux apprécient tant. Mais nous sommes des animaux particuliers, au dessus du lot sans doute !

Je me souviens pourtant du plaisir sincère que j’ai pu éprouver à respirer cet amoureux-là ! Enfin celui dont j’étais amoureuse…

Il émane parfois des êtres une senteur particulière et unique, celle qui se rappelle à mon souvenir me rendait quasi animale. Le nez dans le cou, sous les aisselles sentant le propre, mais légèrement mêlé aux mâles senteurs. Sentir s’accompagnait alors de légers effleurements sur une peau lisse et ferme dont la forme, celle du bras reste imprimée sous mes doigts si longtemps après.

Les odeurs…sont spontanément « travaillées » par les tout-petits qui transportent leurs doudous, nauséabonds, pour qui ne saisit pas l’importance de ces odeurs essentielles.20091014muriel2.jpg

Et puis il y a l’odeur du cuir, si sensuelle quand elle s’accompagne d’un toucher nature, lisse et agréable…

L’odeur du tabac qui reste sur les doigts ou au bord des lèvres…

S’entendre dire à l’oreille : tu me manques déjà, mais j’ai ton odeur intime en moi, ça réconcilie avec certaines répugnances.

Évidemment il y a de ces odeurs qui rappellent, l’enfance, les vacances, la mer, le sable. Celle du monoï ou de la vanille sur la peau. L’odeur sucrée du chocolat-première communion, celle de la terre mouillée juste au début de l’averse, cette autre du cannabis, sucrée aussi et entêtante, que les circuits olfactifs reconnaissent sans effort particulier, juste penser, tiens quelqu’un fume de l’herbe ! L’odeur du pays à la descente de l’avion associé à une hygrométrie à laquelle il faut se réhabituer.

23 octobre, 2009

Première naissance

20080920dreads1.jpg

 

 

Mon fils est né le week-end suivant une farce à propos de sa naissance.

Ce que cette naissance venait bouleverser ne m’apparait que maintenant…22 ans plus tard.

Expériences de vie, plaisirs, bonheur, partage et espoirs, tour à tour mélangés ou dissociés.

 

C’est lui qui a commencé à tisser la toile faisant de moi une maman.

 

 

20080906peire4.jpg

Comme un enfant remercie sa maîtresse pour une bonne note, le jour de sa naissance, j’ai remercié le gynécologue obstétricien !

Alors que c’est moi qui avait fait tout le travail !

20080910chatrouxenbassine1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Récemment,  il partait avec ses soeurs et leur père, il est revenu me donner un gâteau qu’il avait gardé pour moi ! Touchant ce geste ! Je découvre un garçon attentionné et puis c’est à moi qu’il demande un coup de main pour tout…bricoler, la bagnole, les habits, les sous, les serpents, les souris…pas les rats, je n’aime pas leur regard mais c’est moi qui vient les photographier avec lui.20080922souriceaux8.jpg

Et puis il écoute Brel, Brassens, Léo Ferré, Jean Ferrat,  Boris Vian… Il a un parcours d’apprentissage atypique : vous en connaissez beaucoup qui décident de repasser par le chemin d’un baccalauréat quand ils en ont déjà un pour accéder à leurs rêves ?

bravo.gif
Un jour je serais une maman comme dans les livres.
kif1422.jpg

5 octobre, 2009

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c’est le fruit mûr tombé foutu de n’avoir pas été cueilli
parce que l’homme n’avait pas prévu
voulu ou pu
connu ou su
parce que l’homme a trop attendu
ou peut-être tout bonnement
parce qu’il l’a parfaitement voulu et eu
si tant est que c’est l’homme qui veut.

La logique du pourrissement
c’est l’écorchure qui s’infecte
et le microbe qui se délecteleschaussures2.jpg
quand se rengorge le furoncle.
c’est la fissure qui rigole
et la rigole qui s’fend la gueule
c’est la chaussure qui prend l’eau
c’est la peinture qui s’écaille
la moisissure prend ses aises.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
c’est la chemise qui se fait la malle
la redingote qui est en crise
d’avoir été par trop portée
souillée lavée et empesée
et la couture n’en peut plus
la crise se rit de la reprise
un petit point de chaîne à droite
un petit point de croix à gauche
un petit point arrière devant
un petit point devant derrière

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C’est la centrale qui pisse la mort
champigname.jpget la rivière qui a mal au foie
c’est la crevette qui rend l’âme
et l’arbre à pain qui a le blues
c’est l’eau de coco en berlingot
c’est pour bientôt je vous le dis !
c’est la corde de la mère igname
qui étrangle la mère igname même.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissementenfantsnus.jpg
c’est quand débarquent les maquereaux
avec leurs mines de sex-shops
qu’on vend du sable au marché blanc
pour peaux en mal de mélanine
et quand nos plages font le trottoir
sous leurs licences de maisons closes
nos enfants nus ne peuvent plus leur faire l’amour
au grand soleil

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
Ce sont les arbres qui s’emmurent
dans une névrose de béton
les oiseaux glissent à la dérive
les flics engraissent leurs papillons
les p.-v. jouent aux feuilles mortes
les voitures valsent à la pelle
la fourrière rêve de cimetières
la chaussée souffre de cors aux pieds
la ville a mal aux entournures

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
televisionplasmalcd.jpgC’est le bébé qu’on s’est payé
dans la boutique du père crédit
il fait la loi dans la maison
il fait caca où bon lui chante
même dans le crâne des petits
on ne se parle plus quand il jacasse
on ne s’entend plus quand on se parle
avec sa tête rectangulaire
c’est le portrait de son papa
il a la bouche en sucre d’orge
il fait risette et c’est tout rose
il a les yeux bardés de guerres
et injectés d’apocalypse
il passe pourtant de temps en temps
un oiseau bleu en son iris.

La logique du pourrissement

volcaneruption0799106.jpgLa logique du pourrissement
C’est quand s’encombre le sinus
que la conserve en a ras-l’bol
le fer blanc gonfle
et puis se mouche et les décombres qui s’amoncellent
ont des dégaines de gratte-ciel
tel un grand rire au bord d’un gouffre
un matouba d’éclats de gorges
et comme un cormoran blessé
le rire s’élance en vol plané
et fouille une gueule de volcan
pour assouvir sa démesure.

La logique du pourrissement

La logique du pourrissement
C’est un destin que l’on marchande
dans un pays qui marche à l’os
une terre du sud qui perd son orlkp3001.jpg
un chant d’amour qu’on hypothèque
ce sont deux sœurs qui se déchirent
dans un asile à ciel ouvert
l’espoir trimbale un goût de poisse
la lune rumine ses angoisses
les mots ont l’éléphantiasis
la rhétorique traîne la jambe
et la psy se fait son beurre
quand les neurones se font de la bile.

on vend de la foi à tour de bras
et les gourous ont le bras long
on brade la joie à coups de banque
on paie des gangs pour tuer le temps
dans les agences du Nirvana
le Père Noël s’informatise
et la culture se macoutise
les jeunes chevauchent dans leurs ghettos
le paradis de la défonce
le Diable solde ses miroirs,
Vaval refuse de mourir
et la folie pétrit ses jours
tandis qu’elle siffle un air de cendres.

La logique du pourris…

carnavalbelfort2008.jpgC’est dans le swing de cette logique
qu’un soir de mercredi des Cendres justement
un chien chauve travaillant du chapeau
au milieu d’un macadam vague
près d’un amas d’âmes paumées
et de dépouilles de sacs volés
me confia qu’il avait conçu
entre deux ulcères d’estomac :
la prodigieuse problématique de
la tactique du pourrissement
la logistique du pourrissement
la dialectique du pourrissement
la statistique du pourrissement
la balistique du pourrissement.
et dès l’école maternelle
l’instruction civique du pourrissement
toute une éthique du pourrissement
une poétique du pourrissement
celle d’une fleur inconnue ou presque
sidéralement transparente
aux confins de l’absurde
éclose.

Joby Bernabé

Album : 3 mo 7 pawol, 1985
Martinique, Georges Debs Productions

123456...68
 

Carnet de bord de gulliver |
tcahell |
laileron des sharks |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Et si c'était vrai....
| Les hommes, pas de mode d'e...
| JOURNAL D'UNE PUTE SOUMISE