Plurielle

D’abord humain

2 juin, 2008

Racines

Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens : Ce proverbe africain me trotte souvent en tête ces derniers temps.

Ma grand-mère est née libre en 1897 sur la terre de Martinique, sa grand-mère était esclave.

Les transmissions relèvent d’une tradition orale sur ce bout de terre, pourtant ni ma grand-mère, ni d’autres ne m’ont donné à partager les histoires singulières que j’aurais pu relier à la grande histoire. Au moment de transmettre à mon tour, quand je ne sais pas où je vais, j’aimerais savoir précisément d’où je viens. Avoir des racines, j’en prends conscience aujourd’hui c’est pouvoir se retourner, vérifier ses ancrages puis avancer. La réflexion, intime forcément éveille des souvenirs. Pas toujours des souvenirs d’enfance. Mais ceux-là sont auréolés de ce qui fonde l’insouciance.Il y a aussi les souvenirs de la seconde partie de ma vie qui me tiennent au corps.

Quand j’étais dans mon île, petite fille, j’étais fière d’être française…c’est à dire pas haïtienne, pas cubaine, pas dominicaine, donc pas obligée de me prostituer pour avoir un semblant d’existence ! Mais cela j’en étais gênée parce que je n’en comprenais pas les bases. Je savais que j’avais la chance d’être née là, malgré le fait que Césaire aujourd’hui défunt me permettait par le truchement d’un bon d’aide sociale de manger à ma faim une semaine sur quatre ! Au Vénézuela, j’étais française, donc pas dans la file (d’attente) de ceux que l’on fouille, jusqu’à l’ignoble, la honte, le nu ! Et puis j’ai grandi…je suis arrivée en France, la mère patrie, celle des droits de l’homme dont je connaissais par cœur l’hymne national (le mien !?) mais aussi le chant du départ et bien d’autres…pour m’entendre demander mes papiers…j’étais suspectée d’être clandestine, j’étais persona non grata ! J’ai appris à vivre avec, j’en avais refoulé d’autres(aspirations) j’ai subi les crachats MAIS gardé la tête haute, j’ai cru qu’en rasant les murs, en m’effaçant je passerais inaperçue ! et puis j’ai commis des enfants(avec un français blanc), que d’aucuns qualifient de quarterons ou autres termes dont la terminologie est celle qu’on utilise pour les bestiaux. J’ai eu la faiblesse de croire que la mixité des couleurs pas des sexes ! offrirait une ouverture : erreur ! l’enfant n’est qualifié, reconnu qu’au regard de son parent le plus coloré. Je cesse ici ma diatribe, elle n’est pas constructive et là n’est pas le lieu de mon introspection ! Je ne joue pas ma vie et le devenir de mes enfants par un écrit. J’ai une chance sur le papier : je suis française … je ne perçois même pas la souffrance de ceux qui sont immigrés, avec ou sans papiers !

Je remercie Césaire dont j’ai dévoré maintes fois les écrits depuis toujours et en qui j’ai puisé force et courage quand au quotidien je ne pouvais me cacher que dans la poésie.

Oui j’ai grandi dans un bidonville que même aux Antilles on qualifie de criminogène, mais là, grâce à l’appui de ce grand homme, mes parents ont pu s’acheter une toute petite maison orange ! Nous y étions 6 ! Mes parents ont relevé alors la tête, c’est leur seul bien aujourd’hui encore et tant pis si nous étions « heureux et transportés » en trouvant la fortune : un pain et 20 francs sur l’autoroute que nous longions alors pour rentrer de l’école, nous faisions fête à mon père quand, certains vendredi soir il ramenait 2 pommes-France que nous nous partagions ! J’ai appris à tuer…avec les mots, mais souvent je le fais en silence, dans une intimité qui n’est partagée par quiconque ! Puissions-nous avancer et donner aux autres cette envie ! Pour en revenir au début de ce papier, c’est plus difficile quand l’histoire est incomplète.

kinkajou

 

1 juin, 2008

D’abord humain

J’écris sur tous les petits papiers et sur de jolis cahiers. Parfois l’envie me prend d’entrer en résonance avec d’autres personnes qui ont le même parcours que moi, mais pas seulement. Alors je fais cette expérience. Je suis née et j’ai grandi à Fort de France, ma vie d’adulte se déroule dans le sud-est de la France métropolitaine.
Quand je suis arrivée en France, je n’étais pas noire, j’étais une personne, une jeune fille venue faire des études. Peu à peu je suis devenue noire, que noire ! Alors renversement de vapeur. Je suis un humain, d’abord et peu importe mon enveloppe.

31 mai, 2008

île

pointeborgnse.jpg

Jeter des mots comme des cailloux dans l’eau, voir danser les cercles en surface puis rêver.

Revisiter mon quotidien, chercher à l’améliorer, me réconcilier avec ma vie en la relatant et si vous le souhaitez, avancer avec vos commentaires.

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