Plurielle

D’abord humain

2 juin, 2008

Miroir

Mon enfance est marquée d’une très grande pauvreté mais aussi d’une grande joie de vivre. Mes parents n’avaient pas le sou, mais comme ils avaient la foi, ils supportaient les privations sans se plaindre. Ils donnaient, même ce qu’ils n’avaient pas, ils ouvraient leur porte à ceux qu’ils pensaient nécessiteux et croyaient fermement que leur « récompense » les attendait dans l’éternité. A ce propos une anecdote me revient : lors des prières avant les repas, mes parents disaient toujours cette phrase « faites-nous partager notre pain avec ceux qui n’en n’ont pas », et moi je mettais mes mains autour de mon assiette et je jetais un oeil vers la porte, en faisant dans ma tête la prière inverse…Mes frères et moi avons donc partagé des moments de grande intensité autour de toutes petites choses. Voir mon père partager en parts égales trois bonbons à la menthe, faire de la musique avec un peigne et du papier fin étaient des ravissements. S’assoir autour de la table jusqu’à ce que la lampe à pétrole s’éteigne en écoutant les histoires terrifiantes du cheval à trois pattes ou de l’amiral Robert dites par ma mère procédait du même ravissement, machinalement, on attrapait les hannetons qui venaient mourir dans la lumière. Et si ce soir-là, la pluie s’invitait à la « fête », la communion était complète : d’abord on entendait sur le toit en tôle ondulée comme une poignée de sable suivie de plusieurs autres de plus en plus rapprochées, de plus en plus fortes. Pour entretenir ce climat terrible il arrivait que mes parents disposent une bible ouverte sur la table…pour interdire l’accès de la maison aux revenants. Alors s’il fallait ensuite « aller aux toilettes » nous faisions le voeu que l’envie disparaisse. Les toilettes étaient derrière la chambre mais n’étaient pas éclairées…il fallait donc laisser la porte de la chambre ouverte ! Impossible avec la pluie.

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Aujourd’hui, je suis maman à mon tour. Je n’ai pas la foi de mes parents, mes enfants ne m’ont jamais vu partager un bonbon… Je constate qu’ils sont moins solidaires entre eux, qu’ils ont un confort matériel que je ne soupçonnais pas à leur âge. Je les trouve moins heureux et ça m’interroge. Mes parents avaient su nous communiquer une joie de vivre, une confiance en l’avenir qui ne reposait sur rien de réel à part leur amour. Où ais-je raté le coche ? Suis-je moins objective car je n’occupe pas la même place ou est-ce normal de les vouloir aussi épanouis que moi, enfant ?

 

 

 

Racines

Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens : Ce proverbe africain me trotte souvent en tête ces derniers temps.

Ma grand-mère est née libre en 1897 sur la terre de Martinique, sa grand-mère était esclave.

Les transmissions relèvent d’une tradition orale sur ce bout de terre, pourtant ni ma grand-mère, ni d’autres ne m’ont donné à partager les histoires singulières que j’aurais pu relier à la grande histoire. Au moment de transmettre à mon tour, quand je ne sais pas où je vais, j’aimerais savoir précisément d’où je viens. Avoir des racines, j’en prends conscience aujourd’hui c’est pouvoir se retourner, vérifier ses ancrages puis avancer. La réflexion, intime forcément éveille des souvenirs. Pas toujours des souvenirs d’enfance. Mais ceux-là sont auréolés de ce qui fonde l’insouciance.Il y a aussi les souvenirs de la seconde partie de ma vie qui me tiennent au corps.

Quand j’étais dans mon île, petite fille, j’étais fière d’être française…c’est à dire pas haïtienne, pas cubaine, pas dominicaine, donc pas obligée de me prostituer pour avoir un semblant d’existence ! Mais cela j’en étais gênée parce que je n’en comprenais pas les bases. Je savais que j’avais la chance d’être née là, malgré le fait que Césaire aujourd’hui défunt me permettait par le truchement d’un bon d’aide sociale de manger à ma faim une semaine sur quatre ! Au Vénézuela, j’étais française, donc pas dans la file (d’attente) de ceux que l’on fouille, jusqu’à l’ignoble, la honte, le nu ! Et puis j’ai grandi…je suis arrivée en France, la mère patrie, celle des droits de l’homme dont je connaissais par cœur l’hymne national (le mien !?) mais aussi le chant du départ et bien d’autres…pour m’entendre demander mes papiers…j’étais suspectée d’être clandestine, j’étais persona non grata ! J’ai appris à vivre avec, j’en avais refoulé d’autres(aspirations) j’ai subi les crachats MAIS gardé la tête haute, j’ai cru qu’en rasant les murs, en m’effaçant je passerais inaperçue ! et puis j’ai commis des enfants(avec un français blanc), que d’aucuns qualifient de quarterons ou autres termes dont la terminologie est celle qu’on utilise pour les bestiaux. J’ai eu la faiblesse de croire que la mixité des couleurs pas des sexes ! offrirait une ouverture : erreur ! l’enfant n’est qualifié, reconnu qu’au regard de son parent le plus coloré. Je cesse ici ma diatribe, elle n’est pas constructive et là n’est pas le lieu de mon introspection ! Je ne joue pas ma vie et le devenir de mes enfants par un écrit. J’ai une chance sur le papier : je suis française … je ne perçois même pas la souffrance de ceux qui sont immigrés, avec ou sans papiers !

Je remercie Césaire dont j’ai dévoré maintes fois les écrits depuis toujours et en qui j’ai puisé force et courage quand au quotidien je ne pouvais me cacher que dans la poésie.

Oui j’ai grandi dans un bidonville que même aux Antilles on qualifie de criminogène, mais là, grâce à l’appui de ce grand homme, mes parents ont pu s’acheter une toute petite maison orange ! Nous y étions 6 ! Mes parents ont relevé alors la tête, c’est leur seul bien aujourd’hui encore et tant pis si nous étions « heureux et transportés » en trouvant la fortune : un pain et 20 francs sur l’autoroute que nous longions alors pour rentrer de l’école, nous faisions fête à mon père quand, certains vendredi soir il ramenait 2 pommes-France que nous nous partagions ! J’ai appris à tuer…avec les mots, mais souvent je le fais en silence, dans une intimité qui n’est partagée par quiconque ! Puissions-nous avancer et donner aux autres cette envie ! Pour en revenir au début de ce papier, c’est plus difficile quand l’histoire est incomplète.

kinkajou

 

1 juin, 2008

D’abord humain

J’écris sur tous les petits papiers et sur de jolis cahiers. Parfois l’envie me prend d’entrer en résonance avec d’autres personnes qui ont le même parcours que moi, mais pas seulement. Alors je fais cette expérience. Je suis née et j’ai grandi à Fort de France, ma vie d’adulte se déroule dans le sud-est de la France métropolitaine.
Quand je suis arrivée en France, je n’étais pas noire, j’étais une personne, une jeune fille venue faire des études. Peu à peu je suis devenue noire, que noire ! Alors renversement de vapeur. Je suis un humain, d’abord et peu importe mon enveloppe.

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