Plurielle

D’abord humain

23 juin, 2008

L’uniforme

Comment raconter l’uniforme ? Je l’ai toujours porté : de la maternelle à la terminale. Ma mémoire ne m’est d’aucun secours pour retrouver le moment où j’ai réalisé que tous les enfants n’en avaient pas : la plupart n’en portaient qu’à partir du collège. Mon uniforme c’était une jupe plissée marron, un chemisier beige et des chaussures fermées noires. Je saute(un peu) du coq à l’âne : l’uniforme indique l’école où on est scolarisé et plus encore…Le mien identifiait que j’étais à une école privée confessionnelle.

Nous n’étions pas les seuls écoliers en uniforme et je ne remets pas en question certaines raisons d’être du port de l’uniforme. Je raconte simplement l’incidence de cet uniforme-là dans la construction sociale et ses représentations chez la petite fille que j’étais.

Un épisode parmi d’autre est encore très présent : Les transports en commun de la ville à l’époque, délivraient des tickets avec des tarifs spéciaux pour les scolaires. Parfois, mes parents pouvaient nous en acheter, ce qui nous évitait de faire à pied les 2 km entre la maison et l’école. Ces kilomètres, cartable sur le dos alors que le soleil montait dans le ciel m’en paraissaient le triple ! Je devais avoir 7 ans mon frère et ma soeur 9 et 5 ans.Nous traversions notre quartier, quelques autres, longions l’autoroute et encore deux ou trois quartiers pour y arriver.

Un jeudi matin donc, nous prenons le bus tous les trois et présentons nos tickets au chauffeur. Il les refuse, nous demande de payer la différence avec le tarif plein car dit-il « vous êtes à l’école adventiste mais il n’y a pas école aujourd’hui »… en effet pour que le vendredi après midi soit libéré, nous avions classe le jeudi puis le mercredi matin (quand le jour libéré est passé du jeudi au mercredi)contrairement aux autres enfants. Nous n’avions pas les quelques centimes manquants, nous sommes donc descendus du bus. Personne dans ce bus quasiment plein n’a bronché. Nous, contrits, humiliés avons entrepris de rejoindre l’école à pied, le plus vite possible sous le soleil qui commençait à chauffer.

Le souvenir de ce matin-là est amer : petits, nous ne faisons pas le poids face aux adultes, nous n’attirons pas la sympathie et le fait de porter cet uniforme-là nous désignait comme faisant partie d’une minorité dans un microcosme où on avait à peine dépassé les guerres de religions.

Plus tard, cet uniforme était la carapace que je voulais la plus couvrante possible. Je me cachais dessous en marchant vite, tête baissée et rasant les murs. A l’entrée du collège, le problème était le moment de croiser en fin de journée, les collégiens scolarisés près de la maison.  On entamait une course effrénée avec (contre) eux. Avec le recul, je pense qu’ils ne nous voyaient même pas ! Nous, nous courrions le plus vite possible en nous stimulant avec cette phrase tirée de la Bible « les philistins sont sur nous »…persuadés qu’un malheur s’abattrait sur nous si nous faisions la route ensemble.

Bien plus tard encore, à l’âge du lycée, cet uniforme me desservait quand je voulais faire de l’auto-stop, il continuait d’indiquer d’où je venais, de plus mes parents étaient vite informés de mes agissements par les automobilistes qui ne s’étaient pas arrêtés. Pourtant je l’avais apprivoisé, j’avais dorénavant une jupe droite, fendue et des chaussures à talons hauts.

J’oubliais…mais est-ce un hasard ? Cet uniforme, comme l’école avait un coût! Au moins jusqu’à la classe de seconde, au vu de l’infortune de mes parents, ma mère se présentait au bureau d’aide sociale où un « bon » lui était remis pour que l’on ait des uniformes neufs à chaque rentrée scolaire.

Aujourd’hui, il est rare, très rare que je porte des vêtements beige et marron. Etonnant non ?

J’ai emprunté à l’IGN un petit bout de carte qui retrace le parcours entre la maison et l’école :

 

 

L'uniforme dans amours coridonkerlys1

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