Plurielle

D’abord humain

2 juin, 2008

Miroir

Mon enfance est marquée d’une très grande pauvreté mais aussi d’une grande joie de vivre. Mes parents n’avaient pas le sou, mais comme ils avaient la foi, ils supportaient les privations sans se plaindre. Ils donnaient, même ce qu’ils n’avaient pas, ils ouvraient leur porte à ceux qu’ils pensaient nécessiteux et croyaient fermement que leur « récompense » les attendait dans l’éternité. A ce propos une anecdote me revient : lors des prières avant les repas, mes parents disaient toujours cette phrase « faites-nous partager notre pain avec ceux qui n’en n’ont pas », et moi je mettais mes mains autour de mon assiette et je jetais un oeil vers la porte, en faisant dans ma tête la prière inverse…Mes frères et moi avons donc partagé des moments de grande intensité autour de toutes petites choses. Voir mon père partager en parts égales trois bonbons à la menthe, faire de la musique avec un peigne et du papier fin étaient des ravissements. S’assoir autour de la table jusqu’à ce que la lampe à pétrole s’éteigne en écoutant les histoires terrifiantes du cheval à trois pattes ou de l’amiral Robert dites par ma mère procédait du même ravissement, machinalement, on attrapait les hannetons qui venaient mourir dans la lumière. Et si ce soir-là, la pluie s’invitait à la « fête », la communion était complète : d’abord on entendait sur le toit en tôle ondulée comme une poignée de sable suivie de plusieurs autres de plus en plus rapprochées, de plus en plus fortes. Pour entretenir ce climat terrible il arrivait que mes parents disposent une bible ouverte sur la table…pour interdire l’accès de la maison aux revenants. Alors s’il fallait ensuite « aller aux toilettes » nous faisions le voeu que l’envie disparaisse. Les toilettes étaient derrière la chambre mais n’étaient pas éclairées…il fallait donc laisser la porte de la chambre ouverte ! Impossible avec la pluie.

20070630pachervedelibert1.jpg
Aujourd’hui, je suis maman à mon tour. Je n’ai pas la foi de mes parents, mes enfants ne m’ont jamais vu partager un bonbon… Je constate qu’ils sont moins solidaires entre eux, qu’ils ont un confort matériel que je ne soupçonnais pas à leur âge. Je les trouve moins heureux et ça m’interroge. Mes parents avaient su nous communiquer une joie de vivre, une confiance en l’avenir qui ne reposait sur rien de réel à part leur amour. Où ais-je raté le coche ? Suis-je moins objective car je n’occupe pas la même place ou est-ce normal de les vouloir aussi épanouis que moi, enfant ?

 

 

 

3 réponses à “Miroir”

  1. regaldine dit :

    Je suis complètement extérieure à ta vie et donc je me prononce sur un sujet que je ne connais pas, mais à mon avis tes enfants ont un bonheur différent du tien. Ca signifie pas qu’ils sont + ou – heureux que toi à l’époque, mais c’est juste un bonheur différent donc pas possible à comparer.

  2. Martelle dit :

    Les enfants de maintenant ont tout ce qu’ils veulent, ils pensent que tout est un dû et acquis sans effort. La notion de pauvreté est surfaite parce que même s’ils ont peu de moyens, ils ont quand même la télé, internet et un téléphone portable. Savent-ils seulement qu’il y a 30 ans, on ne vivait que de livres et de travaux ménagers, de jeux basiques pour s’amuser ? maintenant, peu de jeunes s’assoient pour juste lire, jouer un jeu en famille, et c’est bien dommage

  3. Avec un bémol cependant, les enfants d’aujourd’hui n’étaient pas là avant! Donc ils font avec ce que leur temps leur donne. Quand je compare l’enfance de mes enfants et la mienne, je ne leur en veux pas d’être dans leur époque. Ils n’ont pas le choix comme moi à leur âge je n’avais pas choisi. Quelque soient les périodes de l’histoire, les enfants sont toujours d’aujourd’hui et les adultes sont d’anciens enfants oublieux et parfois nostalgiques, Socrate 5 siècles avant J C le disait déjà …

Laisser un commentaire

 

Carnet de bord de gulliver |
tcahell |
laileron des sharks |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Et si c'était vrai....
| Les hommes, pas de mode d'e...
| JOURNAL D'UNE PUTE SOUMISE