chiffon rouge
Installez-vous, je vous raconte ma soirée d'hier, je me lance :
- 18h30 ma copine m'appelle pour savoir où on se rencontre pour la conférence ! je vais repérer les lieux sur internet, je lui dis et on raccroche.
Je la rappelle pour savoir l'heure et ….c'est à 19h30 je viens juste d'arriver et il y a du monde sur la route…
Impossible de partir : Mari a ma voiture pour une réunion au collège, mon fils n'est pas arrivé avec la Laguna et ma grande doit partir à 7h 15 pour un concert avec celle de son père. Je ne pense même pas à la Corsa qui pousse dans l'allée, elle est déjà morte !
Je bous ! je laisse un message à Mari pour lui dire qu'il rentre à pied et que je vais prendre ma voiture sur le parking ! il ne me répond pas pour me dire où elle est !
J'enrage :
normal j'ai envoyé le message à Monique au lieu de Mari !
Il appelle sur ces entrefaites pour demander l'heure de la fin du cours de guitare de la petite ! je le presse afin qu'il arrive et je saute dans la voiture, je pose ce que j'ai en main sur le siège passager et je pars en vitesse : au sens propre …
Ce n'est qu'arrivée à Montpellier que je remarque que j'ai posé mes disques et pas mon sac. Je n'ai sur moi que 3 € pas de papiers d'identité, pas de permis… Je me demande comment j'ai fait pour ne pas passer une nuit au poste.
Évidemment j'ai dépassé toutes les limites des vitesses autorisées pour ne pas arriver trop tard. Je m'arrête dès que je peux, j'appelle ma copine : elle a de la monnaie..ouf !
Je me gare au parking souterrain. J'ai eu chaud
Respire, respire. Début de soirée agitée.

Arrivée dans la salle 19 h 35 !
L'écrivain Christian Bobin présentait son dernier livre, Les ruines du ciel à la salle Pétrarque, près d'un petit restaurant où j'ai mangé jadis. Sur les tables on dispose un excellence de fleur de sel… la salle un peu sombre et tarabiscotée surprend par la qualité des mets proposés et leur rapport qualité/prix .
Je n'ai jamais rien lu de lui que des extraits la semaine précédente ….la salle est bondée : trente six rangées de quatre sièges, sept bancs de six personnes, les marches, les travées, tout est occupé !

On se fraye un passage sur les marches, je cogne dans une femme assise par terre et lui tapote le dos la priant de m'excuser… elle dit “c'est rien sans se retourner” un monsieur écarte sa chaise pour me laisser m'assoir il se retourne, grand sourire, m'embrasse : le maire de mon village et c'était sa femme assise par terre !
C'est un homme bien mais qui s'est fourvoyé en politique, ça va le détruire ! La feuille de chou locale le présente comme un tyran, imbu de sa personne et de son pouvoir, prêt à précipiter la commune dans la géhenne. Curieux ! Il est aussi à l'écoute, ouvert et semble avoir quelque culture. Un type capable d'héberger chez lui une famille dont la maison a brûlé dans la nuit, est-il foncièrement mauvais ?
La lecture est…reposante, pleine de poésie, Christian Bobin “parle poésie”, un régal ! Il parle comme j'aime lire. Les images qu'il prononce sont autant de métaphores qu'il partage. Il écrit dit-il pour éloigner l'idée de sa propre mort, tout en faisant le projet, une fois dans l'au delà, de signer au bas des nuages. J'ai passé presque deux heures de bonheur spirituel, dans un enveloppement des mots qui, même quand ils sont creux ont un effet magique. Récapitulons : la soirée a commencé sur les chapeaux de roues la femme du maire est assise par terre et j'ai été enrobée de beaux mots.
J'aurais bien aimé partager ça avec un beau ou bon garçon, qui me tienne la main, comme , comme rien en fait ! Il y avait ma nouvelle copine, sous le charme de Bobin et ça m'a fait du bien d'être là, loin de la routine. Seule une personne sur les cinq auprès de qui je vis se rappelait que je m'absentait ce soir-là et en connaissait le motif ! J'ai même reçu un message en fin de soirée : “tu es où ?”
J'ai une prise de guerre : une écharpe rouge oubliée par quelqu'un et que j'ai récupéré en attendant que ma copine se fasse dédicacer son livre ! Malgré sa canne, elle a fait la queue, comme une fan qu'elle semble être, une inconditionnelle. Il l'a faite vibrer, sourire, frémir, soupirer, j'ai craint qu'elle ne tombât en pâmoison…Non, elle était juste exaltée.
Bobin s'est rendu au musée Fabre, voir notamment l'exposition Soulages. Devant ce noir qui éclaire il a ressenti la grandeur du peintre et ce noir qui éclaire il aurait voulu le voir dehors, en tout cas, pas enfermé dans un musée.

Il était seul dans cette grande pièce avec ces grands tableaux noirs. Seul avec un gardien noir, vêtu de noir en qui il a reconnu un humain.
S'adressant à l'humain du gardien il demanda à celui-ci ce qu'il pensait des tableaux. Le gardien sursauta comme s'il s'était jeté sur lui. Il lui avait fait peur. Il répondit cependant que par déontologie il ne devait rien exprimer des oeuvres qu'il gardait, ne pas donner son avis, mais il a ajouté, ça ne nous empêche pas de penser, vous savez ! Le Bobin en était encore tout retourné en évoquant cette rencontre.
6 € 30 de parking pour à peine 3 h, 6 € 30 ! oups !!! Je dois 3 € 30 à Monique et c'est à mon tour de suggérer une sortie. Peut-être le Musée Agropolis, j'aime beaucoup cet endroit…
Arc de Triomphe Cours Gambetta, Faubourg du Courreau puis retour au quotidien, mais que la parenthèse était belle !

















